Analyse Musicale : Untitled #8 de Sigur Rós



Comme je l’ai déjà dit sur ce blog, j’aime beaucoup m’imaginer une histoire quand j’écoute une musique. En fonction des instruments utilisés, des timbres de voix, des mélodies, je me crée tout un univers que je formate afin qu’il illustre parfaitement, selon moi, la musique et ce que son auteur a voulu nous faire ressentir.

Ainsi, dans cet article, je vous propose de découvrir l’univers que j’ai créé pour la musique ″Untitled #8″ du très bon groupe islandais : Sigur Rós.
Si vous ne connaissez pas cette « chanson », et surtout, si vous ne connaissez pas ce groupe, vous vous devez de le découvrir très rapidement. Ainsi, si cet article vous permet de vous faire écouter votre premier morceau de ce groupe magique, j’en serais plus que ravi… Bonne lecture et bonne évasion.



Avant de lire la suite de mon article, je vous encourage vivement à écouter le titre, pour vous faire votre propre conception de ce fabuleux titre.


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Deux mots sur Sigur Rós

C’est grâce à mon ami Julien que j’ai découvert Sigur Rós. Le 27mars 2008, ce dernier fait une soirée chez lui pour son anniversaire, et en toute toute fin de soirée, alors qu’on était plus qu’à 3 avec mon colloc, il nous dit ″Les mecs, j’ai découvert un groupe. Je suis fan fan fan. Ils sont islandais et ca tabasse [...]″. Et hop, sans attendre, il nous met le DVD de Sigur Rós. Et là. Bam. Je tombe de très haut. Je ne m’attendais pas du tout à ca…


En fait, Sigur Rós est un groupe très connu en Islande, leur pays d’origine. Ils commencent à se faire connaitre un peu partout dans le monde. Leurs musiques, très aériennes, sont souvent repris dans des pubs mais surtout dans des séries TV. Dans la série « Esprits criminels » (« Criminal Minds » pour les anglo-saxons), on entend à plusieurs reprises d’extraits des musiques du groupe.

Le style de musique? Très difficile à définir. Une sorte de post-rock progressif (J’adore ce mot ″progressif″ car dès qu’on ne sait pas définir un style, on dit que c’est du progressif), aérien et planant. Le son du groupe se caractérise notamment par la guitare du chanteur, Jónsi, qu’il joue avec un archet, créant un son très rond et métallique.

Très attaché à leur origine islandaise, ils ont déjà sorti cinq albums. Quand ils sont chantés, les morceaux de Sigur Rós peuvent avoir des paroles écrites en islandais, en anglais, mais surtout en « vonlenska », une langue créée par Jónsi, le chanteur et leader du groupe. Cette langue reprend des sons de l’islandaises, mais n’a aucun sens. Jónsi explique en fait que le groupe crée d’abord les mélodies, avant les paroles et lors des répétitions, il arrive que le chanteur invente des paroles (le vonlenska) en attendant d’avoir écrit le texte. C’est ce qu’on appelle familièrement « chanter en yaourt ». Cependant, pour certains morceaux, ce sont ces versions « sans réelles paroles » qui ont été enregistrés et mis sur CD.

« ( ) » et Untitled #8

Sigurros()Le titre que j’ai choisi de vous faire écouter aujourd’hui est très particulier. Il n’a en effet pas de nom. Et il provient d’un album nommé officiellement « ( ) » (parenthèse ouvrante, parenthèse fermante). Cet album sans nom ne comporte aucune explication, aucun texte, même sur le livret composé de plusieurs photos. Seuls les mots « Sigur Rós » sont présents. Quand aux huit titres, ils sont tous nommés « Untitled ». Un # a été ajouté ensuite avec un numéro allant de 1 à 8, pour pouvoir les distinguer entre eux. Le morceau qui nous intéresse est donc le huitième et dernier de l’album.

Le fait de ne rien connaitre du titre avant de l’écouter est déjà un sacré avantage puisque nous ne pouvons pas être influencé par le groupe. Ne pas connaitre le titre ni le nom de l’album nous laisse ainsi une totale liberté pour imaginer le contexte de ce morceau. Nous pouvons alors chacun imaginer ce que nous voulons, sans jamais valider si nous sommes dans le vrai ou non.
La seule chose que je sais, c’est que ce morceau a été utilisé comme final de concert lorsque j’ai eu la chance d’aller les voir, à Forest National de Bruxelles, il y a un an. Et en live, ce morceau, c’est une tuerie.

« Untitled #8″ ou l’attaque inévitable de l’ennemi ?

A chaque fois que j’entends cette musique, je me crée mon petit monde. Et je vais essayer ici de vous le retranscrire.

Après une intro musical de quelques secondes, qui est assez intrigante par les sortes de glissendo qui ressemblent à des cris poussés au milieu de la mélodie, le chanteur entre en scène, au bout de presque 2 minutes. Mais la mélodie qu’il interprète ressemble plus à du parlé qu’à du véritable chant. Telle une personne voulant convaincre ses auditeurs, il s’exprime en accentuant le son, il répète les mêmes phrases à plusieurs reprises. Il tente de se justifier, d’expliquer un message précis. A 3:14 (n°193), il augmente le ton, visiblement non écouté, ou non compris, puis se calme très vite, voyant que l’énervement n’abouti à rien. Il se tait et laisse parler la musique, qui semble, elle aussi, insistante. Il tente de reprendre son discours, son monologue, avec toujours les mêmes arguments, sur le même ton. Mais il est évident que les personnes en face de lui ne veulent pas l’écouter, ne veulent pas le croire. Rien à faire. Il aura beau de nouveau accentuer ses propos à plusieurs reprises, rien ne change, c’est fini. Il ne sera pas écouté… Il ne sera pas compris… La suite semble nous montrer qu’en fait, il ne sera pas… pardonné.

A 6:06 (n°363), il baisse les bras, et arrête. Il se replie. Mais l’ennemi, qui ne l’a pas écouté, est déjà en route, avec une grande soif de vengeance. L’attaque semble inévitable. Aucun accord n’a été trouvé. On entend déjà le rythme très marqué des guerriers approchant. Ce rythme qui recouvre petit à petit les demandes de pardon que semble crier au loin le chef de la tribu assiégé. En pleurs, il crie en regardant cette armée s’approcher petit à petit.

Ca y est. Les guerriers ne sont plus qu’à quelques mètres. Ils s’arrêtent. Ne bouge plus. On arrive presque à un silence total. (7:42, n°460) Seuls les supplices hurlés par le chef retranché, continuent de résonner de plus belle… Il demande une dernière fois pardon… dans un dernier espoir…
Et pourtant, on sent que du coté de « l’armée », la pression monte, monte… Ils sont des milliers, le couteau entre le dent, à attendre l’ordre du chef, pour attaquer l’ennemi tremblant !

Ainsi, rien n’y fait, l’attaque est lancée, les premiers combats sont engagés… (9:28, n°568). Et alors que les premiers corps des victimes s’effondrent sur le sol, le chef de tribu continue a demander pardon…. Et pourtant, c’est un véritable carnage qui est en train de se produire : ces hommes tombent un à un face à cette ennemi, venu en surnombre…Et c’est dans un dernier cri qui demandera pardon, avant de lui aussi, trouver la mort… Un cri relayé par la musique (10:46, n°647) mais qui laisse rapidement place aux derniers affronts… avant que le calme ne revienne assez rapidement… Le camp assiégé d’hommes totalement apeurés par la violence d’en face, n’aura rien pu faire face à une telle rage, une telle envie de violence…

Qu’avait fait ce peuple pour mériter cela? Ceci est une autre histoire… à moins que la réponse ne se trouve dans les autres titres qui précèdent ce titre sur l’album… Mais ca, je vous laisse le découvrir vous-même…

Si vous en voulez-plus…

Si vous voulez découvrir en détail ce très bon groupe, je vous conseille le très bon coffret DVD, ″Heima″. Dans ce coffret, vous aurez un premier DVD reprenant les musiques de Sigur Rós, commentées par le groupe et illustrées de magnifiques paysages islandais. Sur le second DVD, vous pourrez apprécier ces mêmes morceaux en live, dans différents endroits en Islande.

Comme le dit un des commentaires sur le site de la Fnac : « Un moment magique, je ne trouve pas d’autres mots…La puissance de la musique de Sigur ros associée à la force des paysages Islandais ».

Je crois que tout est dit…





    • Julien
    • 4 janvier 2010 6:14

    C’est beau le pouvoir de la Musique… c’est absolument frappant de voir à quel point une mélodie, un texte, une voix, peuvent provoquer des émotions intenses, et si différentes d’un auditeur à l’autre.
    Je suis moi aussi très attaché à la musique qui ryhtme chaque moment de ma vie. On est parfois surpris que je sois capable de sortir spontanément l’année de sortie d’un morceau, alors même que je peux oublier le lendemain quelquechose qu’on m’a dit la veille. En fait, ce n’est pas que j’ai la mémoire des dates, mais plutôt la mémoire des évènements, des sensations, des lieux où j’ai entendu tel ou tel morceau.
    Je suis capable de retrouver des années après l’état émotionnel qui était le miens à un moment précis, à une période de ma vie, la nostagie en plus.

    Ma vie est ponctuée de sons, de rythmes, de force et de douceur, et il est vrai que Sigur Ros a été une véritable claque dans la figure, que ce soit de la découverte il y a 8 ans avec mon meilleur pote François dans les rayons de la FNAC, aux concerts formidables de Werchter, Luxembourg ou Forest National. Et chaque fois, ce furent des moments de plaisir personnel autant que partagé, de communion avec les nombreux musiciens, mais aussi le public qui est venu chercher autre chose qu’un simple instant de musique.

    Du rêve à l’état pur. Des moments magiques.

    Je ne m’étais pas écrit d’histoire sur le titre « untitled #8″, que je rattache à un concert formidable à l’abbaye de Neumunster au Luxembourg par une belle soirée d’été.
    Maintenant, grâce à toi Jojo, je m’en suis conté une. Ce n’est pas la mienne, mais elle me plait autant que les histoires que me lisait mon frère avant de m’endormir il y a 25 ans…

    Merci Jojo.

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